À PROPOS

Imaginons-nous franchir la porte d'un boudoir. Ressentir le bien-être procuré par cette atmosphère feutrée, propice aux confidences intimes et pourtant tout en pudeur. Ouvrir grand les yeux comme pour mieux s'en imprégner et savourer, simplement, sans attentes... Ralentir. Car si ralentir semble aujourd'hui un luxe, c'est pourtant la promesse de fragiles instants de grâce au sein d'une vie en perpétuel mouvement. Partager, le temps d'un instant, quelques mots jetés à la volée. Les miens, mais aussi les vôtres.

Balade Au Jardin d’Hespéris

juin 26, 2021

Balade au Jardin d'Hespéris

Insaisissable comme l'air sur notre peau d'argile, et pourtant pétrie dans la glaise, elle semble se dérober aux mains qui s'en approcheraient d'un peu trop près. La fille des Vents. Tantôt frêle fétu de paille ballotté par les Grands Vents, tantôt robuste roseau à peine effleuré par une brise légère. Entre deux souffles, elle volète et butine d’une fleur à l’autre, s'enivre de leur délicate senteur, recueille leur précieux nectar… Et, chaque jour, elle ouvre un peu plus grand ses yeux sur le Monde pour explorer ses terres, de petites mues en grands pas sages. La fille des Vents.

Ressentez-vous, vous aussi, cette fille ou ce fils des Vents qui en appelle à la liberté ? Je la savais très présente, vivante, en moi. Mais il m’aura fallu tenir fermement la main tendue de Nadège Quinssac, créatrice du podcast « Au Jardin d’Hespéris », pour saisir l’insaisissable. Quand cette enseignante en Lettres Anciennes, conteuse à la voix d'or, m’a offert de porter ma voix aux côtés des tisseuses et tisserandes des temps modernes qu’elle a réunies, je n’avais pas idée du chemin intérieur qu’elle me proposerait d’emprunter. Mue par mon amour pour les tissages à quatre mains, ou parfois à deux voix, j’ai dit oui, pensant simplement me laisser porter par les Vents… Sans réaliser combien un vent de liberté guidait déjà chacun de mes gestes, de mes pas, depuis mes 18 ans. Morceau choisi :

Vivre d’amour & d’eau fraîche

A l'aube de mes 18 ans, un ancien que j'aimais tendrement m'a dit : "Marion, elle vivrait d'amour et d'eau fraîche". C'était la fin de l'été, la fin d'une journée chaude sur les terres corréziennes (mes terres de naissance), et je me souviens avoir oscillé entre l'émerveillement de me sentir vue telle que j'étais à l'intérieur, pour la première fois peut-être, et un douloureux déchirement tant ce ressenti intime me semblait éloigné des attentes qui pèsent sur nous. Inaccessible. Cet ancien est parti depuis, mais ses mots ne m'ont jamais quittée. Ils sont restés vivre en moi durant toutes ces années. Ils étaient vrais à 18 ans lors de mes premiers pas vers mes propres choix, ils le sont toujours à 36 alors que je me sens enfin prête à impulser le mouvement pour ancrer ces choix dans la matière.

Ces mots portent en eux une manière d'être en lien au Monde, de le regarder et de l'habiter, qui m'est chère. Revenir à la simplicité, à un certain dénuement.

S'agenouiller, front contre la terre, pour unir nos battements de cœur aux siens. Se laisser envelopper par la chaleur réconfortante d'un feu de bois ; ressentir le feu créateur tout au creux de notre bas-ventre.

Pieds nus dans un cours d'eau, tournoyer sur soi-même dans une danse aérienne, légère comme les vents. Savourer la valse du soleil et de la lune, et les saisons qui passent et passent encore. Marcher, rêver, aimer...

Tout est déjà là, par la vie qui pulse dans nos veines.

La beauté dans notre Art de vivre en lien. Non, je ne vis pas, littéralement, d’amour et d’eau fraîche. Pourtant, ces quelques mots sont le reflet de mes terres intérieures et terres d’accueil, et du lien simple, naturel, vivant, qui m'unit à elles. Et, d'un point de vue plus métaphorique, à force de panser, laver, laisser couler à la rivière, épurer, accueillir, infuser, explorer, nourrir, et souvent panser encore... Ce ressenti est de plus en plus vivant en moi. Car il en faut, de l'eau, pour laver tout ce qui entrave nos mouvements et retient nos pas ; tout ce qui ne nous est pas - ou plus - aligné.

Et il en faut, de l'amour, pour se regarder droit dans les yeux et descendre tout au creux de nous, dans nos continents immergés. Là où il fait tellement sombre qu'on ne voit plus les étoiles. Et en remonter pour panser, une à une, inlassablement, les fêlures encore à vif sur nos peaux d'argile. Alors, vivre d'amour et d'eau fraîche ne restera sans doute qu'un doux rêve à caresser, mais, chaque jour où l'on fait un pas vers soi, les eaux sont un peu plus vives et l'amour un peu plus fort [...].

Faut-il viser la Lune pour espérer pouvoir la toucher ?

Je suis de celles qui aiment les tissages de l’ombre. Les petits gestes accomplis chaque jour à la seule force de nos mains ; les pas en avant oubliés car trop simples, trop infimes. Presque imperceptibles, dans un Monde qui nous pousse à aller encore plus loin, encore plus haut. Alors, presque inéluctablement, nous nous plaçons dans une forme de dépassement de soi. Dépassement de soi qui, une fois atteint - à supposer qu’il le soit - n’est toujours pas… Assez. Que nous reste-t-il alors, si ce n’est le cœur lourd et quelques larmes de désespoir ? Il nous reste à nous remettre en quête, inlassablement, de toujours plus loin, toujours plus haut. Une quête, ou peut-être un combat. Un combat qui se livre sans armes car assiégeant et assiégés n’ont qu’un seul visage. Le nôtre. Un combat perdu d’avance, dont ne nous pouvons sortir que vaincu(e)s sous le poids d’impossibles attentes.

Et si, dans ce combat, on se perd et on s’oublie, qu’en est-il ? Mais pour ma part, je ne veux pas (m’)oublier ni me perdre, simplement parce qu’il m’est demandé de rêver grand. Alors, quand on me demande mes doux rêves et mes plans sur la Comète, je me sens démunie. Prise entre les Vents qui me soufflent d’aller où mon cœur me mène et de suivre les étoiles dans mes yeux... Et le regard aiguisé d’un Monde qui n’attend qu’un faux pas. Nous faut-il alors viser la lune pour espérer la toucher, ne serait-ce que du bout des doigts ? Ou, ne pouvons-nous pas, très simplement, nous contenter d’aller où les Vents nous mènent ? Car, peut-être que la Lune, notre Lune, est là, devant nous. Et qu’il nous est possible de la voir à chaque fois que notre cœur frissonne et que nos yeux sont parsemés d’étoiles. Morceau choisi :

Pour moi, être libre, c'est rêver grand.

Quoi de plus grand que le fait de s’autoriser à aller là où notre cœur nous mène et de suivre les étoiles dans nos yeux, comme me l'a murmuré un jour une mère-veilleuse amie ? De suivre un peu plus chaque jour ce qui éveille ces étoiles dans nos yeux. Et d'incarner, un peu plus chaque jour, ce qui est cher à notre cœur. [... ] Avec le regard que je porte sur le Monde aujourd’hui, la liberté passe par le fait de nourrir des Arts de vie simples et en lien avec le Vivant, en nos terres et sur nos terres.

D’aligner, pas après pas, ce qui vit en nos terres intérieures et ce que nous incarnons sur Terre. C'est le chemin d'une vie, dont je connais le début mais pas la fin, et je me contente de marcher droit devant chaque jour. Même si je ne sais pas où je vais. Et si, au crépuscule de ma vie, quand les années auront laissé des sillons sur ma peau, j'ai l'impression d'avoir marché mon chemin libre comme les Vents, alors, j'aurai réalisé mon plus grand tissage.

Rêver d'être libre comme les Vents

Non, je ne savais pas, en saisissant la main de Nadège pour tisser ensemble au Jardin d’Hespéris, où les vents me porteraient. Et, je n’avais pas alors conscience combien je me laissais, chaque jour et depuis des années, guider par ces Vents. Cœur grand ouvert et yeux mi-clos. Je savais seulement combien cette liberté appelait depuis le creux de mon bas-ventre à exhaler à chaque respiration ; à ruisseler dans chaque geste, chaque pas que je parcourrai au fil de mon chemin. Même les plus imperceptibles. Et si du plus loin que je me rappelle, j’ai rêvé d’amour et d’eau fraîche, je n’avais pas encore compris que je rêvais simplement d’être libre comme les Vents. Avec, pour seuls guides, les cris d’un cœur sensible et deux yeux qui scintillent chaque jour un peu plus fort.

Cette ivresse de liberté transpire-t-elle dans mes transmissions de tous les jours ? Je ne le sais pas. Mais ce que je sais, c’est que dans cette balade au Jardin d’Hespéris, Nadège m’a offert de faire encore un pas vers moi en m’invitant à m’asseoir et à contempler ce qui était déjà là. Dans mes transmissions via “La Poudre et La Plume”, mais aussi dans les parts de moi qui s’esquissent et se dévoilent à travers elles. Et, au-delà, Nadège m’a aussi offert de contempler tendrement, sans jugement, mon propre chemin d’humaine. Un chemin de fille des Vents. Vents qui m’ont toujours poussée à butiner, explorer, tâtonner, déposer, puis recommencer. Mais dont je ne percevais pourtant que confusément la présence. Alors,

Aux fils et filles des Vents, n’oubliez pas que vous êtes libres. Vous êtes libres, par le simple fait d’être sur Terre.

MARION B.

Né en 2019, La Poudre et La Plume s'offre en atelier créatif bienveillant, regard grand ouvert sur le Monde, mains avides de déposer des mots.