À PROPOS

Imaginons-nous franchir la porte d'un boudoir. Ressentir le bien-être procuré par cette atmosphère feutrée, propice aux confidences intimes et pourtant tout en pudeur. Ouvrir grand les yeux comme pour mieux s'en imprégner et savourer, simplement, sans attentes... Ralentir. Car si ralentir semble aujourd'hui un luxe, c'est pourtant la promesse de fragiles instants de grâce au sein d'une vie en perpétuel mouvement. Partager, le temps d'un instant, quelques mots jetés à la volée. Les miens, mais aussi les vôtres.

Faire de nos fêlures des jardins qui fleurissent

mai 20, 2021

Faire de nos fêlures des jardins qui fleurissent

Il y a eu des orages et des tempêtes,

Des arbres malmenés par les Vents et des Océans déchaînés ; des tremblements de Terre à n’en plus finir, laissant derrière eux des paysages dévastés ; et des larmes Rivières, si nombreuses qu’elles sont devenues torrents, emportant avec elles le peu qui restait de nos paysages désolés. Oui, sous notre peau d’argile, nos terres intérieures ont tremblé tant et tant que nous avons parfois senti notre Feu vaciller, jusqu’à sembler s’éteindre.

Mais un beau jour, les Eaux vives sont redevenues Eaux claires, les grands Vents se sont apaisés, la Terre a cessé de trembler sous nos pieds. Pendant que nous tentions, de toutes nos forces, de maintenir notre Feu en vie, les Éléments s’étaient calmés. Alors, nous avons osé un premier regard, épris d’espoir, sur nos terres. Mais les grands Vents avaient emmené avec eux les quelques fleurs qui avaient survécu à la Terre en colère, et, en se retirant, les Eaux vives avaient laissé nos fêlures béantes.

Devant nous, il ne restait plus qu’une terre Nue.

Nous aurions pu revenir tout au fond de notre grotte de Feu, laissant derrière nous ces terres abîmées. Oui, nous aurions pu. Mais, pouvions-nous vraiment laisser nos terres intérieures se déliter sous nos yeux ? Alors, nous nous sommes agenouillées pour panser nos fêlures une à une.

Patiemment, tendrement, comme une mère le ferait. Sur ce chemin, des cris de douleur ont parfois jailli de notre cœur, et des larmes rivières sont venues laver notre peau d’argile. Yeux mi-clos, nous avons posé les genoux à Terre.

Buste ouvert au Ciel, nous avons accueilli ces quelques cris venus de nous, nous nous sommes baignées dans nos larmes rivières. Puis, nous avons massé, encore et encore, notre peau d’argile fêlée. Et, quand nous avons rouvert nos yeux, les fissures béantes avaient laissé la place à des jardins à s’aimer. Oh, elles sont toujours là, et sans doute le seront-elles toujours, comme pour nous rappeler que nous sommes vivantes parmi les vivants. Nous sommes VIE. Mais, à la seule force de notre cœur, nous avons fait de ces fêlures des jardins qui fleurissent.

Briser notre cœur grand ouvert pour faire de nos fêlures des jardins qui fleurissent

Aux origines de ces quelques mots déposés à la volée, il y a ceux-ci, “I want my heart broken open”, glissés dans un souffle par Clémence, créatrice de Art of Rituals. En mai 2021, Clémence nous proposait ainsi de nous offrir un voyage à l’intérieur de nous-mêmes, nous conviant tendrement à fendre nos cœurs pour les ouvrir un peu plus grands. Et, pour accompagner ce voyage, elle m’a invitée à co-créer à ses côtés un cercle poétique et créatif, au fil de ce mois de mai placé sous le signe des cœurs grands ouverts. Une invitation qui est venue toucher mon cœur avide de mots, avide d’aimer…

Car c’était l’un des doux projets que je nourrissais dans l’ombre depuis bientôt deux ans. Oser un pas de côté. Faire couler les mots non pas sur le papier, mais d'une voix d'encre lors de cercles créatifs. Des cercles où l’on viendrait mu(e)s par une quête de justesse, de celle que l’on ne trouve qu’au plus près de nous-même. Des cœurs béants et des mains tendues pour recueillir nos mots, parfois inachevés, et peut-être même faillibles… Mais des mots qui transpirent et ruissellent, jusqu'à fendiller nos fines peaux d'argile, nous laissant libres d'enfin jaillir au jour. Nu(e)s.

Un cercle, quelques cœurs reliés, et des rêves à n'en plus finir...

C’est ainsi que, rassemblées par notre amour pour les mots qui chantent nos joies et déversent nos peines ; ceux qui jalonnent nos errances et célèbrent nos marches ; nous avons eu le plaisir de vous proposer un premier cercle, ensemble, le 16 mai 2021. Toutes deux mues par l’intention de vous accompagner dans cette exploration à cœur ouvert, nous espérions vous insuffler notre vision de l’écriture. Une écriture qui ne fait que laisser se répandre au Monde ce qui vit à l’intérieur de nous. Qui appelle, simplement, à nous laisser traverser, habiter, dénuder par nos émotions. A les effleurer pour nous laisser toucher, à les accueillir pour mieux les embrasser. Dans le silence comme dans les mots.

Et, dans ce cercle qui a vu nos cœurs reliés et nos larmes perler, il y en a eu, des silences poignants et des mots qui frissonnent. Chacune de nous s’est ainsi offerte, nue, dans sa vérité. Nous ne savions pas si nous arriverions à vous emmener dans ce voyage des mots qui ravit nos deux coeurs… Mais nous sommes revenues à nous nourries, lavées, choyées. Vides de mots mais cœurs grands ouverts. Alors, à vous qui étiez présentes à nos côtés, merci pour cet immense cadeau que vous nous avez offert. Et, à vous qui auriez souhaité être là, nos cœurs reliés ont encore suffisamment d’espace en eux pour contenir d’autres cercles, d’autres voix, d’autres mots. Pour faire, encore et encore, de nos fêlures des jardins qui fleurissent.

MARION B.

Né en 2019, La Poudre et La Plume s'offre en atelier créatif bienveillant, regard grand ouvert sur le Monde, mains avides de déposer des mots.