À PROPOS

Imaginons-nous franchir la porte d'un boudoir. Ressentir le bien-être procuré par cette atmosphère feutrée, propice aux confidences intimes et pourtant tout en pudeur. Ouvrir grand les yeux comme pour mieux s'en imprégner et savourer, simplement, sans attentes... Ralentir. Car si ralentir semble aujourd'hui un luxe, c'est pourtant la promesse de fragiles instants de grâce au sein d'une vie en perpétuel mouvement. Partager, le temps d'un instant, quelques mots jetés à la volée. Les miens, mais aussi les vôtres.

Réseaux sociaux : pourquoi j’arrête

février 15, 2020

réseaux sociaux

Ainsi se tourne une autre page...

En 2018, Ophélie (Antigone XXI) puis Annabelle (Mademoiselle Coccinelle) – pour ne citer qu’elles – déploraient, l'une, pour la dépendance qu'ils induisent, l’autre pour leurs effets sur son estime de soi et ses humeurs, l’impact des réseaux sociaux sur elles.

Une lassitude que je ressentais déjà alors, car force est de constater que les réseaux sociaux occupent aujourd'hui une place importante dans le quotidien de nombre d'entre nous. Virtuels, ils ont pourtant un impact bien réel dont nous n’avons pas forcément conscience.

Il me paraît bien difficile de résumer une réflexion nourrie depuis des années en un seul article, aussi je vous propose d'aborder deux travers des réseaux sociaux qui sont à mon sens inhérents à leur conception : ils engloutissent notre temps... Et nourrissent le Mauvais Loup en nous.

Les réseaux sociaux engloutissent notre temps

En tant que loisirs, les réseaux sociaux occupent une partie parfois considérable de notre temps. Et que dire de ceux d'entre nous qui les utilisent en tant que créateurs de contenu... Il y a le temps consacré à la création de nos posts, en amont, que ce soit pour les photos (recherche ou prises, retouches) ou pour les textes. Puis, le temps consacré à la diffusion et à l'interaction avec notre communauté. Et, plus insidieux encore, il y a le temps passé à penser nos réseaux sociaux : Quel contenu allons-nous créer ? Comment organiser notre feed de manière harmonieuse ? Et ainsi de suite.

Au bout du compte, même en essayant de s'en préserver, ils semblent engloutir notre temps... Et notre énergie avec. Avez-vous déjà mesuré le temps que vous y consacrez chaque semaine, ou même chaque jour ? Je ne l'ai pas fait. Et je n'ai pas besoin de le faire pour savoir que ce sont trop d'heures que j'aimerais consacrer à d'autres activités... Comment le virtuel peut-il impacter à ce point notre vie réelle ? L'explication réside dans la manière dont ces réseaux ont été conçus :

Nous prendre du temps, notre temps, est l’essence même des réseaux sociaux. Et, plus globalement, des nouvelles technologies, dont il semble aujourd’hui bien difficile de se passer... estime ainsi à des millions le nombre d'heures qui nous sont volées par les nouvelles technologies ! Même constat chez Sean Parker, l’un des fondateurs de Facebook.

Il précise en effet qu’à l’origine des réseaux sociaux, s’est posée la question de savoir « comment consommer le plus de temps et d'attention possible » (en anglais), expliquant que les interactions avec nos publications créent de la dopamine… Qui suscite en nous l’envie de publier encore, ces futures publications entraînant à leur tour plus d’interactions, et ainsi de suite.

En effet, la dopamine est un neurotransmetteur libéré par notre cerveau lorsque l’on éprouve du plaisir. Ainsi, dans le cas des réseaux sociaux, les interactions faites sur nos publications nous procurent une sensation de plaisir qui vient à nous manquer une fois que les réactions s’estompent... Ce qui nous pousse donc à publier encore et encore pour retrouver cette sensation. Si ce phénomène était anticipé par les créateurs des réseaux sociaux, ils n'ont semble-t-il pas anticipé les ressentis qu'ils peuvent susciter en nous, que ce soit en tant que simple spectateur ou en tant que créateur de contenu.

Ainsi, de manière très concrète, le temps consacré aux réseaux sociaux génère en moi de la fatigue mentale liée à cette surabondance d'informations, en tout temps et en toute heure. De même qu'une diminution de ma capacité de concentration, amenée par leurs stimulus incessants. Voilà qui laisse songeur, non ? Et, peut-être plus dérangeant encore, les réseaux sociaux sont source pour moi d'émotions négatives :

Les réseaux sociaux nourrissent le Mauvais Loup en nous

La légende raconte qu'en chacun de nous, vivent deux loups qui se livrent un combat sans merci. L'un est Mauvais : il n'est que colère ; tristesse ; envie ; regret ; avidité ; arrogance ; culpabilité ; auto-apitoiement ; sentiment d'infériorité ; mensonges ; faux orgueil ; sentiment de supériorité et enfin ego. L'autre Loup, lui, est Bon. Il n'est qu'amour ; joie ; paix ; sérénité ; espoir ; bonté ; bienveillance ; humilité ; générosité ; empathie ; compassion ; vérité et foi. Lequel des deux loups gagne ce combat ? Celui que l'on nourrit.

Que je sois dans la position de simple spectatrice ou de créatrice de contenu, le constat est le même :

Les réseaux sociaux viennent nourrir le Mauvais Loup en moi. En tant que spectatrice, ils ont pendant longtemps généré en moi des émotions négatives, elles-mêmes liées à d'anciennes blessures profondes. Cela peut être l'envie ou encore le sentiment d'infériorité face à des comptes qui reflètent la vie à laquelle j'aspire... Voire, comble de l'ironie puisqu'ils ont été conçus pour nous connecter entre nous, un certain repli sur moi, pour me préserver. Car même en gardant à l'esprit que l'on ne montre sur les réseaux sociaux que ce que l'on veut bien y montrer, il est parfois difficile de prendre de la hauteur sur ce que l'on y voit.

Je me suis aussi interrogée, en tant que créatrice de contenu, sur la source de la sensation de plaisir éprouvée en publiant sur les réseaux sociaux. Et, encore une fois, le constat est sans appel : ce plaisir est lié à la partie de moi qui est en quête de reconnaissance, voire d'existence aux yeux des autres. Ces besoins trouvant, eux aussi, la source dans de vieilles blessures profondes.

Encore une fois, à mon sens, le fait de nourrir nos émotions négatives me semble inhérent aux réseaux sociaux, de par leur conception. Parce que nous sommes des êtres humains, des êtres sensibles nés de la Terre, et que toute interaction fait naître en nous des émotions, négatives ou positives.

Sur ce point, les créateurs des réseaux sociaux n'ont d'ailleurs pas totalement échoué : si leur ambition affichée était de nous connecter les uns aux autres, cela me paraît être le cas, d'une certaine manière. Combien de belles découvertes, combien de merveilleuses rencontres n'aurais-je pu faire sans eux ? Mais le ratio émotions négatives / émotions positives est encore trop déséquilibré.

Et, entre émotions négatives et temps englouti, aujourd'hui les réseaux sociaux sont à l'opposé de la simplicité de vie vers laquelle je tends.

Cela fait dix ans que je suis engagée dans une démarche tournée vers l'écologie, d'abord guidée par mon désir de préserver la Terre qui nous accueille en son sein.

Dix années qui n'ont pas seulement modifié ma consommation, mais aussi le regard que je porte sur le Monde. C'est ainsi que mon désir d'écologie a fait naître en moi un désir d'écologie intérieure suffisamment fort pour entamer un travail d'introspection.

Cette dernière année, j'ai pris mes blessures profondes, pour certaines très anciennes, à bras le corps. J'ai entrepris de me libérer de mes fausses croyances, de celles qui nous limitent, une par une. De substituer de nouvelles habitudes à des schémas répétitifs qui ne me correspondent pas ou plus. Dans cette traversée du désert, seule avec moi-même, j'ai tantôt eu l'impression de tomber dans de profonds abîmes, tantôt pensé toucher du bout des doigts les étoiles. Cette année a souvent été inconfortable. Mais le fait est qu'en un an seulement, j'ai l'impression d'être devenue une personne totalement différente, plus sereine. Car à force de laisser couler dans la rivière ce qui n'a plus lieu d'être, un espace s'ouvre pour accueillir ce qui nous est réellement utile.

Et, au fur et à mesure que l'on se libère de ce qui n'a plus lieu d'être (blessures, fausses croyances schémas répétitifs...), les émotions négatives cèdent peu à peu la place aux positives. En d'autres termes, le Mauvais Loup plie peu à peu devant le Bon Loup. Oh, le Mauvais Loup rôde souvent dans la pénombre, et nourrir le Bon Loup est un choix de tous les instants.

Et aujourd'hui, cela implique de reconsidérer mon usage des réseaux sociaux, qui, par essence, semblent nourrir le Mauvais Loup en moi.

Dans ce chemin, il y a aussi cette envie croissante de tendre vers un mode de vie tourné vers la simplicité. Il y a d'abord eu la simplicité matérielle, en modifiant profondément ma consommation, puis en ne gardant auprès de moi qui ce qui m'est essentiel. Puis, une fois parvenue à une forme d'équilibre, s'est posée la question de la façon dont j'occupe mon esprit. Ne pouvais-je pas, là aussi, revenir à plus de simplicité ? Et c'est ainsi que le désir d'écologie s'est mué en besoin d'écologie intérieure...

Et, sur ce chemin, une évidence : le besoin de vivre l'instant présent. De revenir, de plus en plus, au Ressentir plutôt qu'au Penser. En d'autres termes, de porter mon attention sur le geste, sur les mouvements du Corps, plutôt que de laisser mon Esprit s'éparpiller sans cesse. Mais, pour ressentir réellement, encore faut-il être présent à ce que l'on fait. Habiter son corps.

Encore faut-il faire jouer ses mains ailleurs que sur un clavier, en renouant avec le plaisir d'activités manuelles, ancrées dans la matière. Et on en revient à la place qu'occupent les réseaux sociaux dans notre quotidien... Que ce soit en termes de temps réellement passé dans ce monde virtuel, mais aussi en termes de réflexion.

Pourquoi alors continuer d'alimenter les réseaux sociaux ?

C'est sans conteste la question la plus simple de toutes, mais elle m'est venue en dernier, dans un sourire. Pourquoi alors continuer quand l'envie n'y est plus ? Sans doute parce que l'on dit que tenir un blog sans réseaux sociaux pour le porter s'apparente à un suicide littéraire.

Peut-être. Je prends le risque. Parce que j'ai acquis, au fil de mon cheminement, cette confiance absolue dans le fait que ce qui doit se faire se fait. Je continuerai donc de semer des graines de pensées, et les personnes à qui elles sont utiles les liront, d'une manière ou d'une autre. Libre à elles, ensuite, de les cultiver.

Et si elles sont peu nombreuses ? Je prends le risque. Parce qu'une fois dépassé – tant bien que mal – le besoin de reconnaissance, seul subsiste le désir de transmission.

Ne vous méprenez pas : je ne regrette rien. Ni ces trois années passées à vos côtés sur les réseaux sociaux, ni même cette page qui se ferme doucement. Vous m'avez faite rire, parfois pleurer, beaucoup émue. Vous m'avez faite grandir, et je vous en remercie infiniment. Et je me réjouis de réinventer cette transmission à vos côtés. Allez venez, on sème !

MARION B.

Âme sauvage et sensible, la tête dans les étoiles et les pieds sur Terre, j'oscille chaque jour entre mon jardin intérieur, fait d'histoires à rêver, et des considérations ô combien terrestres.

En un battement de plumes...

Tu connais déjà ma réponse à cet article Marion, nous en avons beaucoup parlé 😊.
Je te rejoins entièrement sur ce que tu écris. Je me suis rendue compte que je nourrissais beaucoup mon ego avec les réseaux sociaux. C’est le mauvais loup que tu dis, le besoin de reconnaissance. Et je me sens beaucoup mieux depuis que j’ai pris mes distances, que je suis dans le simple partage, quand ça me chante. Comme tu dis, on sème des mots, qui atteindront les personnes qui en auront besoin.

Tu as bien raison, cela ne fait que deux ans que je suis sur Instagram et j’ai été happée Très rapidement.
J’ai toujours eu plaisir à publier des photos.
Pour ce. Qui est du temps passé, évidemment c’est beaucoup TROP !
Depuis quelques mois j’essaie de reguler mon temps passé.
Je suis ambivalente car d’un côté c’est mon moyen de communication et c’est grâce à Instagram que ma petite entreprise fonction, mais je vois aussi comme toi les heures englouties.
Mais très clairement ma vie ne dépend pas d’instagram et j’ai beaucoup de recul par rapport à beaucoup de comptes qui peuvent attiser la jalousie et l’envie.
Ta décision est courageuse, tu peux être fière de toi ❤️.
Astrid

Je te rejoins complètement, marion. Comme toi, je simplifie ma vie depuis quelques années et on aurait pu croire que fb et insta participeraient à cette simplification grace a leur accès si « facile ». Mais pour moi aussi, c’était devenu un piège. Piège de temps, de comparaisons et au final de désespoir certains jours, tellement je ne me sentais pas à la hauteur… Aujourd’hui, j’ai fermé ma page fb, je voulais créer un blog mais je n’en peux plus des écrans alors je garde mon site portfolio tout simple. Par contre, pour l’instant je n’imagine pas fermer insta. Mais je n’hésite plus à me désabonner de comptes dès que je sens un inconfort quelconque. Et j’aime me créer mon album-photo souvenirs le plus harmonieusement possible 😉. j’ai peu de liKes, peu de followers et je m’en fiche 🙏🏼. Je publie de moins en moins souvent aussi. Comme toi, je remplace peu à peu les rs par des activités manuelles. Un vrai bonheur pour la tete! ❤️
Tout ca pour te dire que je suivrai peut-etre ton chemin un jour…
Allez, j’arrête ma tartine, bises Marion!