À PROPOS

Imaginons-nous franchir la porte d'un boudoir. Ressentir le bien-être procuré par cette atmosphère feutrée, propice aux confidences intimes et pourtant tout en pudeur. Ouvrir grand les yeux comme pour mieux s'en imprégner et savourer, simplement, sans attentes... Ralentir. Car si ralentir semble aujourd'hui un luxe, c'est pourtant la promesse de fragiles instants de grâce au sein d'une vie en perpétuel mouvement. Partager, le temps d'un instant, quelques mots jetés à la volée. Les miens, mais aussi les vôtres.

Séverine Perron : Notre héritage culturel est triple

Séverine Perron héritage culturel

"Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre."

Winston Churchill

Nous savons sur quelles terres nous sommes nés, quelle culture nous imprègne de sa saveur parfois douce amère… Tout comme nous connaissons, pour la plupart d’entre nous, les personnes qui nous sont liées par le sang et qui partagent avec nous une histoire. Nous apprenons à nous connaître, au travers de nos propres expériences passées, dans la joie comme dans la peine.

Dans cette quête, notre quête, nous explorons ce qui se joue en nous comme ce qui se tisse autour. Et, dans cette patiente mise au monde de nous-mêmes où passé, présent et futur s’entremêlent, c’est tout notre héritage culturel qui s’esquisse entre les lignes.

Mais, avons-nous réellement conscience de toutes les facettes de notre héritage ? Car c’est la richesse de cet héritage culturel, pris dans son entièreté, qui fait de nous les êtres pluriels et singuliers que nous sommes. Auteure, poétesse, femme médecine et surtout, profondément humaine, Séverine Perron interroge via ses transmissions sur le fil d'or qui nous relie au vivant. De nos civilisations à nos lignées, de nos lignées à notre propre vécu, mais aussi entre êtres sensibles Nés de la Terre. Témoignage :

Nous sommes des êtres de liens.

Avec le vivant qui nous entoure (vision transversale), les lignées ou mémoires anciennes (vision verticale), ET la grande toile de vie (vision matricielle), où tout est là : présent, passé et futur. Tel un arbre, nous ne pouvons bien nous déployer sans racines, ni lien avec notre écosystème. C’est impossible ! Même un arbre isolé à notre vue, incrusté dans une falaise verticale, est en lien avec son environnement.

Si notre société a beaucoup d’idées, d’envies de changement, de capacités créatives, elle a aussi beaucoup de difficulté à manifester et les rentrer dans la matière. Nous manquons en effet d'ancrage et de liens à nos lignées, à nos héritages que nous refusons ou dont nous avons peur, craignant de ne pas nous intégrer à la société actuelle.

Par exemple, nous parlons beaucoup de valeurs, mais ce sont des mots qui n’ont plus aucune substance aujourd'hui ! Ni dans les entreprises ni dans nos vies.

En effet, nous avons oublié que pour nos aînés, le courage c’était de choisir son camp, de faire le maquis, de cacher les résistants et de lutter pour sa liberté ou l’autre, quitte à perdre sa vie.

Le courage, dans certaines tribus, c’est affronter la forêt seul pendant un mois, à neuf ans à peine, sans rien à manger, avec les prédateurs. Si la forêt vous garde, c’est que vous n’êtes pas un chaman. Mais si elle vous rend à la communauté, vous commencez alors l’initiation. Or, aujourd’hui,

Nous avons perdu le sens de notre héritage, de ces valeurs. Nous avons perdu la notion de Don, qui honore et remercie, et celui de pur accueil.

Tout est devenu commerce : la terre ; les vêtements ; la nourriture ; le sacré et le spirituel ; l’écologie ; les savoirs ; les lieux de vie ; les voyages ; la musique et le folklore… Tout ce qui était sacré, sauvage et qui tissait l'Âme d’un peuple a été commercialisé sans états d’âme et jusqu’à l’extrême.

Où est l’Amour ? Cette commercialisation à outrance assèche les liens que nous pouvons avoir avec nos semblables et la richesse du vivant. Comme une rivière polluée, le mercantile à l’extrême nous prive de la source. Il y a là certainement encore un enseignement, et à toute limite, de nouvelles possibilités.

C’est ce qui est fou avec notre ère : en 5 ans, un système peut devenir obsolète alors qu’avant, il fallait 5000 ans pour changer d’ère !

Notre société confond la fin et les moyens : nous sommes des êtres de relations et spirituels, or le capitalisme nous a transformé en objets de désir et possession.

Derrière cela, nous percevons ce qui se joue quant au féminin ; à l’éducation ; la spiritualité et le sacré ; la nature ; la culture et l’art ; la nourriture ; mais aussi les médecines … Cela touche à la dimension civilisationnelle de notre héritage culturel.

Cet héritage culturel est triple : il est civilisationnel, transgénérationnel et transpersonnel.

Plus précisément, notre héritage culturel est d’abord civilisationnel. Il est ainsi lié à une époque, une société et des terres où nous vivons depuis plusieurs générations - voir plusieurs siècles -.

Il est également transgénérationnel, c’est-à-dire lié à notre ascendance biologique. Et, enfin, il comporte ce que dans la vision chamanique nous appelons les mémoires ou vies anciennes. Celles-ci forment notre héritage transpersonnel.

En premier lieu, cette dimension transpersonnelle puise sa source dans les cosmogonies du monde entier. Celles-ci sont retranscrites actuellement par le néo-chamanisme, quelles qu'en soient ses origines ou empreintes folkloriques. On la retrouve aussi dans la spiritualité orientaliste, qui parle de karma. Elle considère quant à elle que notre âme s’incarne dans la matière et erre de corps en corps, de vie en vie.

Nous avons à nous purifier de mauvaises actions dans des vies anciennes (visions bouddhiste et hindouiste). La dimension transpersonnelle peut par ailleurs consister à restaurer des dons ou des savoirs que nous avions mis au service des autres dans d’autres vies. C’est plutôt ma vision, celle du chamanisme. En effet, nous allons puiser lors de rituels des parts d’âmes (recouvrement d’âme pour guérir le moi fragmenté, enseigné par Sandra Ingerman) et des dons que nous avions dans d’autres vies pour les mettre au service de notre communauté en cette vie.

Cela peut être un savoir manuel, comme le travail du bois, de la terre, des plantes guérisseuses… Ou un savoir spirituel comme la divination et la prophétisation. Instagram regorge de ces personnes qui osent se montrer et qui, quelque part au fil de leurs publications ; textes ; reliances avec d’autres… Retrouvent ces dons. En résonance, ce qui nous relie les uns aux autres.

La nativité, en lien avec nos lignées, est quant à elle liée au fait de pouvoir vivre sur ses terres natales.

C’est un combat mené - entre autres - par Vandana Shiva, connue pour son engagement féministe et altermondialiste. Avec en miroir, une paupérisation et des migrations massives ; une montée de violence dans des villes devenues déshumanisées ; des oppressions politiques… Et ce partout dans le monde.

C’est la perte d’héritages culturels, détruits par une société de standardisation et capitalistique, où la peur de perdre (la survie) devient le moteur subtil d’un système capitaliste qui perdure, la face cachée du désir de conquérir et posséder, et non plus celle de bien vivre.

Au passage, la spiritualité a disparu, nous rendant encore plus vulnérables et dociles. Nous ne croyons plus en rien… Si ce n’est au système. Du moins, c’est que nous voyons en surface.

La vérité, c’est que, nous, êtres humains, sommes doués d’amour et de capacités d’empathie, intuitives et sensibles. Et nous tendons doucement vers cet hyperhumanisme dont parle Joël de Rosnay. Nous savons faire le lien avec nos lignées, nos terres, nos racines et nos rêves tout en gardant le lien avec d’autres cultures ; d’autres terres ; d’autres communautés.

Nous développons ainsi de nouvelles formes d’intelligence, de manière de donner du sens et créer. C’est magnifique ! Toute ère a ses écueils et ses limites… Mais aussi ses formidables potentialités, ouvertures et opportunités.

Enfin, nativité et lignées (héritage transgénérationnel) sont liées. Je suis fille de l’émigration, celles des dernières grandes guerres, comme beaucoup de français et européens.

Il y a ceux qui sont partis conquérir, je fais partie de ceux qui ont dû fuir.

Comprendre que la France n’était pas vraiment ma terre natale et que le mode de vie moderne ne me convenait pas a été un long cheminement. Je suis ensuite entrée dans une forme d’insurrection. Une insurrection pacifiste, mais suffisamment ancrée en moi pour préserver un certain art de vivre dans un lieu qui me paraissait le plus proche de celui que mes ancêtres avaient connus dans d’autres temps.

En revanche, j’ai choisi mon époque et cette terre pour œuvrer, jusqu’à même choisir mes parents. Ils sont ce pont entre traditions et modernité. Je suis heureuse de mes racines.

Mais pour autant, je prends cette liberté d’ouvrir de nouvelles voies, par la création, pour des terres et humanités vivantes.

Le livre Alchimie Végétale est le témoin de cette transmission fertile ET créative. Il honore en effet mon héritage, la mémoire de mes ancêtres, tout en étant très contemporain car s’inscrivant dans une société post-moderne par ses messages et son esprit.

Laura Wencker a quant à elle offert à ce voyage d’initiation, par ses photographies, la beauté poétique du vivant. Un aspect essentiel pour toucher au coeur et entrer en résonance.

Et, plus largement, c’est un hommage à tous les peuples racines porteurs de savoirs, de mémoires, qui m'inspirent et nous enseignent la sincérité, les valeurs humanistes, celles du vivant.

On ne construit pas sa vie sur la culpabilité mais sur la vérité.

Mon vécu a été celui de sortir du schéma études / carrière / vie réussie propre à ma génération pour revenir vers un mode de vie plus simple et en lien avec le vivant.

De renouer avec la communauté qu’avaient mes ancêtres, que j’ai connus enfant et considère comme paysans (c’est-à-dire païens et pacifistes).

Et, enfin, d’explorer une voie nouvelle, plus créative, sensible et artistique.

Je crois que mes ancêtres connaissaient la Nature et se respectaient entre eux. Pour ma part, j’ai dû apprendre à me connaître et faire acte d’amour envers moi-même… Et mes filles feront le lien entre les deux, la terre et le ciel.

Pour ma part, c’est ce triple mouvement qui me permet d'Être et de vivre ainsi aujourd’hui.

Personne dans ma famille ne m’avait parlé de mon héritage. De dons de guérison, d’appartenances lointaines nomades, de cette dimension artistique et sensible avec le vivant (dont nous faisons partie)… Tout cela étant relié. Je les ai re-découverts par des signes et symboles ; des synchronicités ; des petits livres ou objets ; mes rencontres ou lectures ; les rêves et les transes ; les sens ; avec mon langage. Tout est là.

Cette exploration m’a permis de me placer dans une compréhension de mes lignées, mes mémoires... De mon héritage. Et de guérir en moi ce qui était à guérir. A savoir, incarner cette expression de vie.

Elle m’a aussi et surtout offert d’accueillir tous ces trésors et influences culturelles, donnant ainsi un sens profond à ma vie dans toute sa richesse. Une richesse qui ne se traduit ni en métier, ni en statut social, mais en énergie d’Amour qui ne demande qu’à se manifester.

L’Amour est la réponse à toute blessure, toute fêlure de l’âme et brisure des lignées, errances dans nos mémoires.

Je pense que l’être humain redoute avant tout le rejet, car, intrinsèquement, c’est de sa survie dont il s’agit. Se sentir rejeté par la communauté parce qu’on est différent, ou encore rejeter sa famille ou lignée pour s’en affranchir... Est toujours extrêmement douloureux. Et c’est d’autant plus douloureux quand nous avons dans nos lignées des traumatismes lourds de violences.

Et, si vous cherchez un peu plus loin, ces violences sont souvent liées aux guerres, de près ou de loin. Se Guérir, Soi et nos lignées, passe alors par la compassion, la paix et l’Amour.

Je suis convaincue que nos générations sont en train de faire ce travail en ce moment, très largement et courageusement, pour les suivantes, en faisant ce lien entre passé et présent.

Honorer notre héritage et se rappeler les vertus de nos anciens, les conditions difficiles dans lesquelles ils vivaient parfois, et ce qui faisaient leur solidarité aussi, nous permet de relativiser nos enjeux actuels où nous ne sommes pas en dangers de mort physique, en tout cas pas en Europe. D’humanité, si. Notre cœur est à l’arrêt, nous sommes là pour le faire battre à nouveau.

Peut-être que la vision d’un possible effondrement nous renvoie de plus près au risque de fin individuelle ou collective, symbolique ou physique. Peut-être que cela nous fait prendre conscience du don de vie de manière plus forte et nous redonne donc un sursaut de courage et regain d’action vertueuse. Je crois que tout ce que nous vivons nous enseigne l’humanité et nous offre de resserrer les liens d’Amour entre nous et les autres êtres vivants, la Terre.

Séverine Perron

Séverine Perron

Exploratrice du Vivant

Femme plurielle, artiste, poétesse et femme médecine, Séverine Perron est avant tout une exploratrice du vivant. Dès sa plus tendre enfance, la liberté à laquelle elle aspire guide ses pas sur les chemins qu’elle emprunte. Et c’est en reliant cette liberté d’Être avec ses racines, en s’autorisant à emprunter des voies nouvelles tout en honorant la sagesse de nos anciens, qu’elle peut porter son engagement sociétal pacifiste, dans l’Intime comme dans l’Universel. Dans l’Intime, elle écoute sa voix et préserve un mode de vie simple et authentique. Elle infuse ses pensées. Dans l’Universel, elle porte sa voix via de précieuses transmissions, au travers Nés de la Terre et ses ouvrages “Herbe en Vie” et “Alchimie Végétale”. Elle transmet son héritage. Guidée par l’Amour de soi et du vivant, en lien avec ses racines comme avec son époque, Séverine incarne la liberté d’Être et nous offre sa main tendue pour en faire de même. Crédits photos : Laura Wencker

MARION B.

Âme sauvage et sensible, la tête dans les étoiles et les pieds sur Terre, j'oscille chaque jour entre mon jardin intérieur, fait d'histoires à rêver, et des considérations ô combien terrestres.